Une expo, un discours, me voilà bien embarrassée, je me trouve à risquer de dire quelque chose que je vais regretter immédiatement ou plus tard, je préfèrerais évidemment laisser la parole à la peinture, telle qu’elle s’élabore et se construit à l’atelier, dans l’intimité
Le paysage est un prétexte à travailler l’espace, le mouvement.
Aujourd’hui , je n’ai plus le sentiment de décrire ou suggérer mais plutôt de laisser surgir, d’attendre, de veiller comme une sorte de guetteur halluciné (un veilleur, merci Kafka)
Le paysage est devenu prétexte à une recherche sur l’espace, le mouvement, le surgissement d’une image mentale, ce qui n'exclue pas le travail technique !
Présenter mon travail et y réfléchir m’a immédiatement renvoyée à cette formule de Francis Bacon dont on on va d’ailleurs fêter le centenaire de naissance , formule lapidaire qui me va bien : « si on peut le dire, pourquoi le peindre ? »
Lorsqu’on me demande « tu fais quoi comme peinture ? », j’ai l’impression que la réponse appartient au spectateur, c’est le travail du spectateur, de la recevoir, de se l’approprier .. d’entamer un dialogue. Comme disait Picasso : « un tableau ne vit que par celui qui le regarde » ça n’est pas de ma part un refus de partage, c’est un constat, je ne sais rien de ma peinture, sinon dans l’après-coup ; mais est-ce bien nécessaire ? je dirai que c’est aussi une façon de laisser la liberté de la rencontre entre l’autre et elle.
La peinture qui serait son propre sujet, JE n’a rien à y voir, en conséquence, que voulez-vous que j’en en dise … Bon, je ne veux pas passer pour faire du mauvais esprit alors,
si je dois parler du contenu de mon travail, je parlerais de recherche autour de la construction et déconstruction de l’espace, d’une recherche de profondeur, de lumière et de mouvement (ce qui est propre à la plupart des peintres, c’est l’axe de recherche qui va nous différencier) J’ai un bonheur immense à partir dans ces voyages là, même si le doute est permanent, mais la peinture comporte toujours pour moi une évasion, dans le sens de l’exploration d’un monde hors-cadre, qui pousse les limites, avec cette idée de dépassement ou de spiritualité, une sorte de poussée au-delà d’une condition humaine. Quelle présomption n’est-ce pas ! mais l’art n’est-il pas là pour ça ?
J’ai commencé à peindre le paysage comme on reçoit une carte postale, avec un regard encore très naif, j’étais dans un thème et puis, au fur et à mesure de mes recherches, la nature et ses éléments de représentation ont commencé à disparaître au profit d’une recherche de l’espace. Mon prétexte autour du paysage s’est avéré finalement une façon de ne pas enfermer mon travail dans un discours ou une représentation anthropomorphique, ce n’est pas tant le paysage qui m’intéresse comme thème mais l’idée d’un rien, d’une création ex nihilo, ça rejoint ce que je disais précédemment, l’idée de « décoller » du point de vue humain, de sortir de ma peau, de travailler sur le monde parallèle à l’homme, du côté d’une portion d’univers, m’éloigner pour peut-être mieux en parler, l’être vivant resitué dans l’univers, dans ses lieux d’origine. Aussi, je ne fais guère distinction entre humain ou animal lorsque je traite de la figure ; peindre un cheval ou un cochon est une façon de parler de l’homme sans l’extraire de son appartenance au monde vivant, et peut-être de le rapprocher de l’archaique , avant le langage, là où il me semble puisent tous les artistes, on a un « reste » de ce côté-là
Ainsi les quelques sculptures exposées sont-elles de joyeuses retrouvailles avec l’humanité dont mes toiles semblent dépourvues, inhabitées. En peinture j’ai l’impression de planter le décor, de créer le lieu, espace de l’autre, on peut y voyager, y passer , s’y installer, comme une terre d’asile. Autant vous dire que tout cela, je le perçois après-coup, lorsque je suis amenée à présenter mon travail, mais comme je le disais tout à l’heure, le spectateur en parle bien mieux parce que la toile n’existe finalement que par son œil et son émotion, seulement à ce stade je peux dire qu’une toile est terminée.
Pour finir, cette exposition est une tranche de travail issue de 2 axes de recherche, une partie explorant le travail sur le noir, la lumière, et une autre plus récente qui a suivi mon intégration dans un atelier sur le site de ginkgo, travail plus libre, plus grand en format, qui me permet une liberté tout à fait propice à ma recherche de l’espace. Vous verrez donc des toiles entre l’expansion et la saturation,
mais il me reste encore un long chemin à parcourir, à ma grande joie, j’ai encore beaucoup de travail devant moi
Tout cela me fait penser aux arts martiaux ou au bouddhisme zen, au taoisme,
l’important, c’est le chemin parcouru …
Ionesco disait : « la peinture donne du sens au silence », et j’aime cela