03.10.2008
ANTIPERFORMANCE
Une expo, un discours, me voilà bien embarrassée, je me trouve à risquer de dire quelque chose que je vais regretter immédiatement ou plus tard, je préfèrerais évidemment laisser la parole à la peinture, telle qu’elle s’élabore et se construit à l’atelier, dans l’intimité
Le paysage est un prétexte à travailler l’espace, le mouvement.
Aujourd’hui , je n’ai plus le sentiment de décrire ou suggérer mais plutôt de laisser surgir, d’attendre, de veiller comme une sorte de guetteur halluciné (un veilleur, merci Kafka)
Le paysage est devenu prétexte à une recherche sur l’espace, le mouvement, le surgissement d’une image mentale, ce qui n'exclue pas le travail technique !
Présenter mon travail et y réfléchir m’a immédiatement renvoyée à cette formule de Francis Bacon dont on on va d’ailleurs fêter le centenaire de naissance , formule lapidaire qui me va bien : « si on peut le dire, pourquoi le peindre ? »
Lorsqu’on me demande « tu fais quoi comme peinture ? », j’ai l’impression que la réponse appartient au spectateur, c’est le travail du spectateur, de la recevoir, de se l’approprier .. d’entamer un dialogue. Comme disait Picasso : « un tableau ne vit que par celui qui le regarde » ça n’est pas de ma part un refus de partage, c’est un constat, je ne sais rien de ma peinture, sinon dans l’après-coup ; mais est-ce bien nécessaire ? je dirai que c’est aussi une façon de laisser la liberté de la rencontre entre l’autre et elle.
La peinture qui serait son propre sujet, JE n’a rien à y voir, en conséquence, que voulez-vous que j’en en dise … Bon, je ne veux pas passer pour faire du mauvais esprit alors,
si je dois parler du contenu de mon travail, je parlerais de recherche autour de la construction et déconstruction de l’espace, d’une recherche de profondeur, de lumière et de mouvement (ce qui est propre à la plupart des peintres, c’est l’axe de recherche qui va nous différencier) J’ai un bonheur immense à partir dans ces voyages là, même si le doute est permanent, mais la peinture comporte toujours pour moi une évasion, dans le sens de l’exploration d’un monde hors-cadre, qui pousse les limites, avec cette idée de dépassement ou de spiritualité, une sorte de poussée au-delà d’une condition humaine. Quelle présomption n’est-ce pas ! mais l’art n’est-il pas là pour ça ?
J’ai commencé à peindre le paysage comme on reçoit une carte postale, avec un regard encore très naif, j’étais dans un thème et puis, au fur et à mesure de mes recherches, la nature et ses éléments de représentation ont commencé à disparaître au profit d’une recherche de l’espace. Mon prétexte autour du paysage s’est avéré finalement une façon de ne pas enfermer mon travail dans un discours ou une représentation anthropomorphique, ce n’est pas tant le paysage qui m’intéresse comme thème mais l’idée d’un rien, d’une création ex nihilo, ça rejoint ce que je disais précédemment, l’idée de « décoller » du point de vue humain, de sortir de ma peau, de travailler sur le monde parallèle à l’homme, du côté d’une portion d’univers, m’éloigner pour peut-être mieux en parler, l’être vivant resitué dans l’univers, dans ses lieux d’origine. Aussi, je ne fais guère distinction entre humain ou animal lorsque je traite de la figure ; peindre un cheval ou un cochon est une façon de parler de l’homme sans l’extraire de son appartenance au monde vivant, et peut-être de le rapprocher de l’archaique , avant le langage, là où il me semble puisent tous les artistes, on a un « reste » de ce côté-là
Ainsi les quelques sculptures exposées sont-elles de joyeuses retrouvailles avec l’humanité dont mes toiles semblent dépourvues, inhabitées. En peinture j’ai l’impression de planter le décor, de créer le lieu, espace de l’autre, on peut y voyager, y passer , s’y installer, comme une terre d’asile. Autant vous dire que tout cela, je le perçois après-coup, lorsque je suis amenée à présenter mon travail, mais comme je le disais tout à l’heure, le spectateur en parle bien mieux parce que la toile n’existe finalement que par son œil et son émotion, seulement à ce stade je peux dire qu’une toile est terminée.
Pour finir, cette exposition est une tranche de travail issue de 2 axes de recherche, une partie explorant le travail sur le noir, la lumière, et une autre plus récente qui a suivi mon intégration dans un atelier sur le site de ginkgo, travail plus libre, plus grand en format, qui me permet une liberté tout à fait propice à ma recherche de l’espace. Vous verrez donc des toiles entre l’expansion et la saturation,
mais il me reste encore un long chemin à parcourir, à ma grande joie, j’ai encore beaucoup de travail devant moi
Tout cela me fait penser aux arts martiaux ou au bouddhisme zen, au taoisme,
l’important, c’est le chemin parcouru …
Ionesco disait : « la peinture donne du sens au silence », et j’aime cela
22:52 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exposition, peinture, pascale morel, maison pour tous, sainte savine, art, artiste
24.08.2008
Sans titre

22:58 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture, art, enfant, artiste
14.06.2008
sans titre
| La décharge publique, un musée qui a raté son coup La vie a du goût, un drôle de goût même Je hante les terrains vagues avec la plus grande précision Une place pour chaque chose et chaque chose ailleurs Hier sera pire que demain Une charentaise rampait vers moi dans l’atelier. Je l’ai tuée à coups de hache Quand je m’avance vers vous l’écart se précise Je pense que ça plaira à ma clientèle : j’ai fait un beau bouquet de peurs Mieux vaut un cauchemar bien à soi que le rêve d’un autre En dehors de celle du désespoir, je n’ai aucune énergie Un adulte est un enfant couvert de cicatrices Parler à la souris, à la fourmi, à la sauterelle ou l’oiseau, le dialogue est facile … Avec mon voisin, la difficulté commence L’atelier est le labyrinthe de mes contradictions où je fais commerce de tristesse en gardant le sourire J’ai encore craché un tableau comme un noyau Comment dessiner un œuf ? Premièrement, dessiner un coq. Deuxièmement dessiner une poule. S’armer de patience et attendre Ne me frappez pas au visage, les souvenirs s’en chargent Je respire où les autres étouffent, j’étouffe où les autres respirent Horloger de ses peurs, il réparait des monstres J’ai du désespoir à revendre, je peux même vous faire des prix Comme tous les ruminants, il se peut que je me répète. Mille excuses … Louis Pons |
19:54 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pons, louis pons, art, artiste, pascale morel
21.05.2008
textes des uns des autres
"Enfoui dans la nuit. Etre enfoui tout entier dans la nuit, comme il arrive quelquefois qu'on enfouisse la tête pour réfléchir. Tout à l'entour, les hommes dorment. C'est une petite comédie qu'ils se donnent, une innocente illusion, de penser qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures ; en réalité, ils se sont retrouvés comme jadis, et comme plus tard, dans une contrée déserte, un camp en plein vent, un nombre d'hommes incommensurable, une armée, un peuple, sous le ciel froid, sur la terre froide ; chacun s'est jeté au sol là où il était, le front pressé sur le bras, le visage tourné vers la terre, respirant paisiblement. Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu découvres le prochain veilleur en agitant le tison enflammé que tu prends au tas de brindilles, près de toi. Pourquoi veilles-tu ? Il faut que quelqu'un veille, dit-on. Il faut quelqu'un.
Un veilleur ! Un veilleur ! Que veilles-tu ? Qui t'as engagé ? Une seule chose, ton dégoût de toi-même, te rend plus riche que le cloporte, qui est couché sous la vieille pierre et veille." Franz Kafka
Tant que je pourrai peindre il ne pourra rien m'arriver
"Lorsque le matin je rentre dans mon atelier, malgré une lumière grise et triste, le tableau que j'ai laissé inachevé sur le chevalet ou à même le sol me redonne la force de reprendre mes pinceaux. Si la couleur a eu le temps de sécher, je peux de nouveau essayer de recréer ces multiples vides et pleins, et traversé par le souffle du temps qu'il me reste à vivre, exprimer ce bonheur de peindre qui ne m'a jamais quitté.
Légèreté de l'espace, fusion des couleurs, turbulences des formes qui se disputent la place du vide, masses qui s'affrontent comme mes angoisses et mes peurs, silence du blanc, sérénité du bleu, désespoir du violet et de l'orange ; je ne crains pas de vieillir ni de mourir car, tant que je saurai me servir d'un pinceau ou d'un tube de couleur, il ne pourra rien m'arriver.
J'ai avancé au gré d'une violence qui m'habitait.
Etre peintre, comme je je l'ai souvent dit à mes élèves, c'est accepter d'avoir une vie cyclothymique. Un jour on est content, un autre on est triste, mais il n'y a pas de place pour la dépression. Je n'ai jamais été abandonné par la force de peindre, je n'ai pas connu le goût de la fuite ou de l'abandon.".... Zao Wou-Ki
20:37 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kafka, pascale morel, artiste, zao wou-ki, art, peinture





