21.05.2008
textes des uns des autres
"Enfoui dans la nuit. Etre enfoui tout entier dans la nuit, comme il arrive quelquefois qu'on enfouisse la tête pour réfléchir. Tout à l'entour, les hommes dorment. C'est une petite comédie qu'ils se donnent, une innocente illusion, de penser qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures ; en réalité, ils se sont retrouvés comme jadis, et comme plus tard, dans une contrée déserte, un camp en plein vent, un nombre d'hommes incommensurable, une armée, un peuple, sous le ciel froid, sur la terre froide ; chacun s'est jeté au sol là où il était, le front pressé sur le bras, le visage tourné vers la terre, respirant paisiblement. Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu découvres le prochain veilleur en agitant le tison enflammé que tu prends au tas de brindilles, près de toi. Pourquoi veilles-tu ? Il faut que quelqu'un veille, dit-on. Il faut quelqu'un.
Un veilleur ! Un veilleur ! Que veilles-tu ? Qui t'as engagé ? Une seule chose, ton dégoût de toi-même, te rend plus riche que le cloporte, qui est couché sous la vieille pierre et veille." Franz Kafka
Tant que je pourrai peindre il ne pourra rien m'arriver
"Lorsque le matin je rentre dans mon atelier, malgré une lumière grise et triste, le tableau que j'ai laissé inachevé sur le chevalet ou à même le sol me redonne la force de reprendre mes pinceaux. Si la couleur a eu le temps de sécher, je peux de nouveau essayer de recréer ces multiples vides et pleins, et traversé par le souffle du temps qu'il me reste à vivre, exprimer ce bonheur de peindre qui ne m'a jamais quitté.
Légèreté de l'espace, fusion des couleurs, turbulences des formes qui se disputent la place du vide, masses qui s'affrontent comme mes angoisses et mes peurs, silence du blanc, sérénité du bleu, désespoir du violet et de l'orange ; je ne crains pas de vieillir ni de mourir car, tant que je saurai me servir d'un pinceau ou d'un tube de couleur, il ne pourra rien m'arriver.
J'ai avancé au gré d'une violence qui m'habitait.
Etre peintre, comme je je l'ai souvent dit à mes élèves, c'est accepter d'avoir une vie cyclothymique. Un jour on est content, un autre on est triste, mais il n'y a pas de place pour la dépression. Je n'ai jamais été abandonné par la force de peindre, je n'ai pas connu le goût de la fuite ou de l'abandon.".... Zao Wou-Ki
20:37 Publié dans art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kafka, pascale morel, artiste, zao wou-ki, art, peinture





